Déclaration suite à l’observation du 2nd tour du scrutin présidentiel du 19 décembre 2018

DECLARATION COMMUNE CONCERNANT L’OBSERVATION DU SECOND TOUR DES ELECTIONS PRESIDENTIELLES DU 19 décembre 2018

Antananarivo, 4 janvier 2019

   

Tout d’abord, nous tenons à féliciter tous les citoyens malgaches pour avoir accompli leur devoir lors du second tour des présidentielles.

Au total, nos 3 organisations ont couvert les 22 régions et 114 districts pour l’observation électorale du 2nd tour. Nous avons pu déployer 2 801 observateurs (fixes et mobiles) qui ont couvert 3 653 bureaux de vote.

  1. Avant-propos

Compte tenu des recommandations émises dans la déclaration conjointe effectuée par KMF/CNOE-Fanabeazana olompirenena, la Commission épiscopale Justice et Paix, et l’association Liberty 32, en date du 21 novembre 2018, relative à l’observation du 1er tour de l’élection présidentielle ;

Vu l’arrêt de la Haute Cour Constitutionnelle sur les résultats du 1er tour de l’élection présidentielle : Arrêt n°11-HCC/AR du 28 novembre 2018 portant proclamation des résultats officiels du premier tour de l’élection présidentielle du 07 novembre 2018 ; 

Suite à l’acceptation des deux candidats ayant obtenu le plus de voix durant le premier tour, de procéder au second tour ;

Suite à l’observation effectuée par les trois entités durant le second tour ;

KMF/CNOE-Fanabeazana olompirenena, la Commission épiscopale Justice et Paix, et l’association Liberty 32 font cette déclaration conjointe pour faire part des constats que ce soit les bonnes pratiques ou les anomalies et des recommandations qui visent l’amélioration des élections à venir, notamment celles des élections législatives et communales.

  1. Constats
  1. Bonnes pratiques

La CENI a renforcé l’éducation électorale avant le second tour, les compétences des membres des bureaux électoraux, à titre d’exemple, pour le 2nd tour, on a constaté une diminution notable du taux de retard de l’ouverture des bureaux de vote, la collaboration avec les acteurs électoraux, ainsi que la transparence dans la gestion de l’élection. Elle a aussi fourni des efforts dans la distribution des cartes d’électeurs. Par ailleurs, la CENI s’est efforcée de démontrer sa neutralité.

Les éducateurs des citoyens ont également contribué au renforcement de l’éducation et de la sensibilisation électorale.

Les observateurs internationaux ont assuré une présence et une visibilité certaines.

Tout comme lors du 1er tour, les différents observateurs internationaux étaient présents pour observer le déroulement du 2nd tour.

Les observateurs nationaux se sont vraiment impliqués dans le suivi des propagandes et ont renforcé la collaboration avec tous les autres acteurs électoraux, tout en apportant leur appui dans la distribution des cartes aux électeurs.

Ils se sont également investis dans la mise en place d’un climat électoral apaisé en diffusant les appels au calme et en promouvant les cultures de paix et de non-violence.

Un renforcement de compétences des observateurs a été constaté, plus précisément une capitalisation des acquis du 1er tour. Ce qui a engendré un sérieux plus accru de leur intervention.

On a noté une participation active des jeunes dans l’observation électorale par rapport à l’élection présidentielle de 2013.

Au niveau des médias, on a constaté un relais effectif et une large diffusion des informations aussi bien privés que publics.

Les médias publics ont fait preuve de respect du principe de neutralité en appliquant un accès égal à tous les candidats. Lors des débats des candidats, les modérateurs étaient réceptifs par rapport aux feedbacks des téléspectateurs et auditeurs.

  • Points à améliorer

Les messages de sensibilisation non précis par sms sur la liste électorale et le droit de vote qu’a envoyés la CENI ont perturbé les citoyens.

Ni la CENI, ni le ministre de l’intérieur n’ont le droit d’interpréter la loi organique selon leur compréhension. L’article 154 de la loi organique 2018-008, concernant la présentation de la carte d’électeur et de la carte nationale d’identité pour prouver la qualité d’électeur, ainsi que les articles 49-50 de la même loi, n’ont pas été totalement respectés. Plus précisément, ces articles étaient soit appliqués soit non dans les bureaux de vote.

Les cas de citoyens qui se sont plaints du non-respect du principe de l’impartialité des services publics, pourtant imposé par la loi, étaient nombreux.

Des actes de banditisme ont perturbé le déroulement du scrutin dans certains centres de vote, tel fut le cas à Ankazoabo et Mampikony.

Le déroulement du processus de vote n’était pas encore totalement maîtrisé. Les citoyens malgaches ne sont pas encore habitués à suivre les directives imposées par la loi. A titre d’exemple, certains électeurs refusaient d’effectuer le vote dans l’isoloir, tandis que d’autres rechignaient à apposer de l’encre indélébile sur leur pouce.

La mauvaise qualité des matériels de vote, comme certaines listes électorales presque illisibles, a retardé inutilement le déroulement de l’élection.

La plupart des isoloirs dans les bureaux de vote n’ont pu assurer le respect du secret du vote. Les efforts fournis pour remédier aux anomalies soulevées sur ce point durant le premier tour étaient minimes.

Les dispositions de la loi organique sur le port de badges dans les centres et les bureaux de vote n’étaient pas respectées.

Il subsistait encore des cas de bulletins qui n’ont pas été signés par les deux membres du bureau de vote tirés au sort à l’ouverture de celui-ci

Par contre, le comptage des voix s’est déroulé, en général, dans le calme.

Les Sections Recensements Matériels de Votes (SRMV) étaient bien accessibles : les observateurs ont pu suivre librement l’acheminement des matériels de vote depuis les bureaux de vote jusqu’aux SRMV.

Au niveau des candidats, partisans et partis politiques, les campagnes de provocation et de dénigrement mutuel de la part des deux camps étaient légions, notamment à travers les médias et les réseaux sociaux. Celles-ci constituaient des signes manifestes de violences physique et verbale.

Lors des débats télévisés « Ho eny Iavoloha », les candidats ne se sont pas comportés dignement conformément à leur statut.

Concernant le contenu des propagandes, la ligne politico-économique des candidats demeurait floue. Des propagandes avant les délais légalement prévus ont encore été constatées. La distribution de biens était toujours omniprésente durant la période de campagne pour berner les citoyens.

Les modérateurs des débats en direct n’ont pas su modérer correctement les débats, notamment lors des moments d’attaque verbale mutuelle.

  1. Recommandations
  2. Tenue de la réunion publique de proclamation des résultats au jour férié, pour qu’il y ait une large assistance.
  3. Respect de la loi par tous les citoyens malgaches :
  4. L’utilisation de la carte d’électeur s’avère obligatoire (art. 154 de la LO 2018-008). Ainsi, nul ne peut y déroger, ni la changer.
  5. Réaliser les élections en période sèche (art 52 de la LO 2018-008).
  6. Bien respecter la séparation des pouvoirs pour éviter tout empiètement de la tendance politique sur l’administration publique (Article 60 et suivants de la LO 2018-008).
  7. Encourager la contribution des médias dans l’éducation en diffusant des informations recoupées et vérifiées.
  8. Promouvoir l’éducation politique, économique et sociale au sein des partis politiques.
  9. Intégrer la culture de paix et de non-violence dans l’éducation des citoyens.
  10. Pour la CENI, améliorer les messages envoyés pour sensibiliser les citoyens afin d’assurer une meilleure réceptivité. Ceux-ci doivent être simples et clairs.
  11. Améliorer les formations dispensées à l’endroit des membres du bureau électoral.
  12. Prioriser la lutte contre l’insécurité.
  13. Décréter les convocations des collèges électoraux pour la législative.
  1. Conclusions

La démission significative des citoyens vue la conjoncture politique à Madagascar a provoqué un faible taux de participation. D’où, presque 52% des électeurs se sont abstenus de voter.

Il serait souhaitable que l’Etat se prépare financièrement aux différentes échéances électorales, car en définitive, les élections sont les affaires internes d’une Nation et se tiennent à échéances régulières dans un régime démocratique. L’extension de la campagne électorale pourrait limiter les fonds exorbitants utilisés.

Bannir des abus de pouvoir et respecter la liberté des électeurs encourageront l’engagement des citoyens dans la vie politique notamment aux élections.

L’impartialité quant à l’application de la loi constitue une garantie incontestable pour l’apaisement et le calme dans le pays. Ainsi, nous comptons sur la sagesse et la probité de la HCC.